• émilie Bernard, galerie La Mauvaise Réputation, Bordeaux

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Émilie Bernard, artiste

Tu es en résidence d’artiste à Zebra3 à Bordeaux dans le cadre d’une collaboration avec L’Œil de poisson au Québec. Ton exposition de fin de résidence a pourtant lieu à la galerie La Mauvaise Réputation. Comment ce lieu d’exposition a-t-il été choisi ?

C’est le résultat des recherches menées par Zebra3 qui ont abouti à un beau partenariat entre Zebra3 et La Mauvaise Réputation, qui m’a amenée à exposer ici. C’est un très beau lieu d’exposition, il n’est pas trop grand non plus car j’ai tout produit ici, dans le cadre de ma résidence de production et de création. J’ai découvert la galerie la première semaine où je suis arrivée, et j’avais déjà une idée que l’espace le plus grand serait dans les tons de gris. Habituellement j’utilise plus de couleurs que ça, mais là j’avais envie de juste être dans le gris et le blanc. Puis le petit espace à l’arrière, un peu caché, je voulais l’investir avec de la couleur, j’avais envie d’y mettre de l’aquarelle, je me suis dit “il va être là le petit punch de couleur, il sera derrière”. On le voit dès qu’on entre, ça attire notre œil, mais il y a aussi le coin caché. J’aime quand en déambulant on découvre des choses qu’on n’aurait pas vues, qu’on ne voit pas à la première incursion, au premier coup d’œil. J’aime utiliser tout l’espace, mais que cela reste aéré, je veux qu’on respire.

 

Ce n’est pas la première fois que tu es en résidence de création, et tu voyages au gré de ces résidences artistiques [États-Unis, Québec, Finlande, Islande, Arménie ; N.D.L.R.] ; cependant c’est la première fois que tu viens en France. Quel est ton ressenti ? Y a-t-il un changement comparé aux autres pays que tu as pu découvrir, autant au niveau personnel que dans ton travail et ton processus créatif ?

Premièrement, quand je suis arrivée à Bordeaux, j’ai tout de suite trouvé que c’était une ville magnifique. L’architecture, surtout dans des quartiers comme celui-ci, est très belle. J’appelle Bordeaux “la ville jaune” à cause de sa pierre. Comme je travaille souvent à partir du paysage puis de la nature, et que c’est une des premières fois que j’ai une résidence dans une ville, je me suis demandée comment j’allais utiliser les sujets avec lesquels j’aime travailler dans une ville très construite. Juste avant d’arriver je me suis dit que mon point de départ pouvait être les parcs, car il y en a dans toutes les villes du monde. Et en regardant sur google maps j’ai vu qu’il y en avait plein, donc ça me faisait un bon point de départ et j’ai décidé que je commencerais comme ça. Et en effet, c’est beaucoup à partir des parcs de Bordeaux que j’ai travaillé, juste en allant chercher les traces de la nature ; je suis allée chercher la nature là où elle se trouve.

C’est la première fois que je me préparais plus avant d’arriver en résidence, parce que je savais que j’aurais une exposition à la fin et je voulais déjà commencer à réfléchir à ce que j’allais faire. J’avais fait une exposition lors de ma résidence en Finlande mais c’était très différent, parce qu’elle était prévue deux semaines seulement après mon arrivée ! Du coup j’ai énormément produit pendant ces deux semaines, puis après l’exposition j’ai exploré de façon plus relax jusqu’à la fin de mon séjour là-bas. Et puis pour Bordeaux il y a eu l’idée de travailler moins avec la couleur, de faire des formats un peu plus grands et de m’essayer à l’aquarelle. En fait j’avais des pistes de départ, alors que normalement je commence à explorer en arrivant. Généralement, j’explore pendant assez longtemps et je n’ai pas forcément de résultat à la fin. Parfois j’ai plein de pistes, de matériel accumulé, mais pas d’œuvre terminée, alors qu’ici il fallait que j’aie quelque chose à montrer pour l’exposition.

 

Comment ta démarche artistique a-t-elle évolué au fur et à mesure des résidences que tu as faites ?

Jusqu’à ma deuxième résidence en 2012, je ne faisais que de la sculpture. Ma première était aux États-Unis et j’y allais en voiture donc je pouvais transporter mon matériel de sculpture et revenir sans problème. Pour ma deuxième résidence, en Finlande, j’ai fait de la sculpture, mais je me suis cantonnée à de tous petits objets parce que je voulais les ramener après, et du coup j’ai commencé à faire du dessin en Finlande à cause de cette contrainte. Puis à ma résidence suivante en 2013, je n’ai pas fait de sculpture du tout, j’ai fait du dessin et depuis je ne fais que cela. Parfois je crée des objets pour des expositions, mais au quotidien je fais du dessin. C’était le premier gros tournant.

Puis les sujets que j’aborde maintenant, la nature et le paysage, ont vraiment commencé grâce à ma résidence en Islande. Ça a l’air cliché mais c’est le paysage là-bas, la nature partout, qui m’ont donné envie de commencer à travailler ces sujets. Avant ça, je m’inspirais de tout : un peu de paysage, un peu de nature, un peu d’architecture, des objets du quotidien, des choses plus abstraites parfois avec la sculpture. Du coup c’est comme si j’avais ciblé quelque chose de déjà existant dans ma pratique, mais moins affirmé. Cela s’est vraiment fait naturellement, et depuis je ne fais que ça. La nature est simplement quelque chose qui m’interpelle énormément. Il n’y a pas un lieu au monde où je me sens mieux qu’en pleine forêt. Je viens aussi d’une région en campagne et j’ai toujours été attirée par la nature sous toutes ses formes.

 

Tu parles beaucoup de collection, de séries, de déploiement de pièces dans la quantité et tu lies cela avec une création plutôt intimiste, n’est-ce pas antithétique que la quantité devienne intimiste?

Mes recherches se font souvent sur une longue durée, ce qui explique que j’accumule beaucoup de matériel. Le côté intimiste se trouve plutôt dans la manière, dans l’installation elle-même. Aussi, le type de dessin que je fais n’est pas fracassant ; je n’utilise pas plein de couleurs et je travaille rarement le grand format. Les dessins que je présente ici font 60 x 50 cm pour les plus grands. Ce sont plus souvent des petits formats, donc il y a beaucoup de petits détails, et on n’a pas d’autre choix que de s’approcher de l’œuvre pour la découvrir. C’est donc dans ce sens-là que je pense mon travail comme intimiste, parce que ça demande une proximité avec chaque pièce pour les découvrir, mais en même temps quand on entre dans un espace d’exposition, il y a beaucoup de choses à voir, il y a beaucoup de pièces. Et quand je fais mes recherches, je commence par une recherche de formes, puis je les utilise pour créer beaucoup d’œuvres. J’aime bien quand on voit tout le processus, et c’est pour ça que j’apprécie de présenter beaucoup de pièces à la fois. Mais le côté plus “impressionnant” est vraiment lié à la quantité; par contre pour découvrir chacune des pièces on n’a pas le choix d’entrer en relation avec chacune, sinon on a juste une impression d’ensemble et le visiteur n’expérimente pas sa relation aux pièces de façon individuelle.

 

Comment s’est organisée ta recherche des traces de la nature à Bordeaux ?

Au départ j’avais l’idée d’aller dans les parcs, donc c’est ce que j’ai fait, pour essayer d’y trouver des pièces de recherche. J’ai commencé à ramasser des feuilles, des objets naturels, de façon spontanée, sans trop savoir ce que j’allais en faire. J’en ai vraiment ramassé beaucoup, puis je les ai dessinés un à un et je les ai tous catégorisés. J’avais ainsi mes piles d’objets provenant de différents parcs. À ma deuxième visite de parcs, je me suis rendue compte que je ne récoltais pas du tout les mêmes choses selon les parcs, et je trouvais intéressant qu’il y ait une différence entre ces espaces. Si dans tel parc il y a beaucoup de chênes, alors le dessin qui représentera ce parc sera composé de beaucoup de feuilles de chênes, par exemple. Tous ces objets récoltés je les ai donc dessinés, j’ai regardé leurs formes, je les ai étudiés pour faire des compositions dans mes dessins, puis j’ai décidé de les garder. L’idée d’un ensemble m’est venue et j’ai voulu les exposer sur la table basse au centre de l’espace d’exposition, tous peints en blanc. J’avais envie que ce soit un peu ambigu, entre sculpture et objet naturel retravaillé. Ça n’a l’air de rien mais il y a plusieurs couches d’acrylique blanche pour arriver à ce résultat parce que je ne voulais pas qu’on voit leur couleur originelle, ne donner aucun indice. Je voulais arriver à ce résultat, parce qu’auparavant je faisais de la sculpture et je travaillais beaucoup avec du plâtre, donc je me suis dit que si c’était tout blanc ça aurait certainement l’air de sculptures en plâtre, ou de moulages.

J’ai aussi inclus des éléments du patrimoine bâti dans l’espace d’exposition, parce que j’avais envie d’incorporer des références à l’architecture. À Bordeaux, parce qu’on est en ville, l’architecture est omniprésente, bien plus présente que la nature. Du coup, je voulais des clins d’œil à l’architecture en me procurant des objets déjà fabriqués dans des magasins spécialisés, et je suis tombée sur ces tuiles qui n’existent pas au Québec. C’était pour moi un objet esthétiquement très beau et atypique, mais je savais que j’interviendrai dessus car ça n’était vraiment pas dans la palette de couleurs avec laquelle je voulais travailler. Donc je les ai peintes en blanc, et je voulais autre chose, une intervention très légère, pour qu’elles se fondent presque dans l’exposition. J’y ai collé des plantes avant de peindre et du coup tout est vraiment imbriqué, comme si elles avaient été cristallisées dans la peinture blanche. Sur l’autre j’ai ajouté du sable à une extrémité, pour changer la texture puis j’ai repeint par-dessus en blanc aussi. Comme je ne connaissais pas cet objet, c’est comme si j’avais un regard neuf sur quelque chose dont je connais la fonction mais qui ne m’est pas familier, et qui est pourtant commun pour les habitants d’ici. Ça me permet d’avoir une distance avec l’objet, pour l’analyser avec ma sensibilité.

 

Tu exposes ici des aquarelles, des dessins et des “objets naturels”. Comment choisis-tu le médium à utiliser pour chaque pièce ?

C’est vraiment instinctif pour moi. Par exemple pour les aquarelles, j’avais envie d’avoir une série colorée avec une plante sur chaque page, car dans mes dessins les formes se fondent les unes dans les autres, on perd parfois une forme au bénéfice d’une autre, ça devient un peu confus. Alors qu’avec la couleur, j’avais envie que ce soit plutôt un inventaire vraiment précis, et je savais que je le voulais en aquarelle, bien que les teintes sont venues après coup. J’ai utilisé cet inventaire de formes de plantes pour mes dessins, dans lesquels j’en ai répété certaines, agencées selon mon interprétation. Tout se construit spontanément, au fur et à mesure de ma sélection les formes se superposent de manière aléatoire. Je dessine de manière très plane, très lisse, avec une pointe très fine, ce qui écrase les volumes des formes, et je garde la même teinte pour chaque forme, ce qui renforce cette impression. J’aime beaucoup créer ces empilements de formes qui se mélangent, perdant parfois la forme du dessous, et une nouvelle forme hybride apparaît avec l’empilement, avec les jeux de transparence et de superposition. Je m’inspire de comment on voit ces choses dans la nature pour la composition mes dessins. C’est un peu un jeu entre ce qui existe dans la nature et une composition complètement imaginaire et inventée.

En plus de l’inventaire des aquarelles, j’avais aussi envie de présenter une série d’autres aquarelles plus graphiques. J’avais envie d’un travail avec beaucoup de taches de couleurs disposées différemment sur chaque feuille, tout en restant dans ma thématique. Donc j’ai recherché la forme des parcs dans la métropole bordelaise, et j’en ai sélectionné quinze, puis j’ai dessiné leurs formes à main levée. J’ai essayé de conserver les rapports d’échelle, bien que le but ne soit pas du tout de faire la cartographie des parcs de Bordeaux ! Il peut y avoir des parcs qui sont répétés, mais chaque feuille est pensée comme un zoom sur une portion de la ville, que j’ai réinterprétée pour que les taches rouges ne soient pas toujours au même endroit, pour créer une sorte d’équilibre. Dans chaque feuille un parc est mis à l’honneur en rouge, et entouré d’autres parcs en bleu foncé, sur un rythme toujours différent que j’ai choisi. C’est le rouge utilisé pour les parcs qui m’a inspiré la palette de teintes pour les aquarelles de plantes, car je voulais que cela s’agence bien, vu que ces deux séries sont dans le même espace. C’était aussi un choix qui s’est fait assez spontanément.

Ce que je fais aussi assez souvent, est que je décline une forme unique de différentes façons. Cela est moins visible dans cette exposition mais il m’est arrivé dans d’autres projets d’avoir une seule forme déclinée en dessin et en objets, à différentes échelles. Cela m’offre un éventail de possibilités pour une même chose, et cela rejoint mon envie d’accumuler, le fait que j’aime présenter beaucoup de choses dans mes expositions. Je pense que cela est dû au fait que moi-même quand je visite une exposition, j’apprécie quand il y a de nombreuses pièces exposées, que cela prenne du temps pour la découvrir et la visiter. Pourtant, cette exposition à La Mauvaise Réputation est la scénographie la plus épurée que j’ai présentée jusqu’à présent. Evidemment la question du temps dont je disposais rentrait en ligne de compte, et je suis heureuse que ce soit totalement différent de ce que j’ai pu faire jusque-là.

 

Propos recueillis par Julie Hoedts
Exposition : Emilie Bernard, Chercher les sentiers, Galerie La Mauvaise Réputation

site de l’artiste : emilie-bernard.com

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