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Clémence van Lunen, sculpteur

Clémence van Lunen est sculpteur. Elle a été invitée par la commande artistique Garonne de Bordeaux Métropole à créer une œuvre d’art pour la place Buscaillet, à Bacalan. Lorsqu’elle est venue sur place, en voyant la fontaine désaffectée depuis 20 ans, et en discutant avec les habitants du quartier, elle choisit d’imaginer et réaliser une fontaine pour le bassin de la place.

Nous avons eu la chance de rencontrer Clémence van Lunen, à l’occasion d’une visite de l’exposition du Musée des Arts décoratifs et du Design de Bordeaux. Nous en avons profité pour lui poser quelques questions sur son travail sur les fontaines de Bacalan.

Pouvez-vous nous parler de ce choix des fontaines de Bacalan ?

Sur la place Buscaillet, il y avait déjà ce bassin et une fontaine malheureusement inutilisée. Elle n’avait jamais fonctionné, à cause d’une erreur de conception. Je ne pouvais pas concevoir d’aller mettre une sculpture à côté d’une fontaine qui ne fonctionnait pas, j’ai donc décidé de proposer une nouvelle fontaine.
J’étais venue il y a quelques années dans ce musée des arts-décoratifs que j’adore, et j’avais vu la collection Vieillard. En travaillant sur la Place Buscaillet, je me suis rendue compte que j’étais à deux rues du lieu où se situait l’entreprise Vieillard, à Bacalan, rue de la Faïencerie. Comme je connaissais les pièces du musée et je voyais qu’il y avait une très grande fantaisie, notamment dans les pièces destinées à l’exposition universelle, des pièces monumentales, je me suis dit qu’il n’y avait pas de limite à la fantaisie pour les fontaines de Bacalan. La céramique est traditionnellement considérée en Europe comme un art mineur (art décoratif), probablement pour cette raison retrouve t-on une immense fantaisie dans la céramique et beaucoup moins dans la sculpture. On y trouve des emprunts de tous les styles ; certaines céramiques ont pour fonction d’imiter d’autres matériaux ; on y trouve des motifs japonais, des inclusions d’images par exemple et un mélange de différents langages. Je suis sculpteur, au départ je travaillais beaucoup le bois, mais c’est cette fantaisie et cette liberté qu’elle offre qui m’a attiré en céramique.

La fontaine du bassin est composée de 3 éléments assez classiques et que l’on retrouve dans beaucoup de fontaines : la grosse cruche qui déborde : il s’agit du thème très ancien du vase jaillissant, symbole de fertilité, un vase d’apparat et un vase de fleurs. 3 est un chiffre que l’on retrouve dans énormément de sculptures. C’est un chiffre qui occupe l’espace, qui donne du mouvement. Les fontaines de Bacalan sont ma création la plus monumentale. L’élément le plus haut fait 4,30 mètres. C’est une véritable confrontation à l’espace. Il fallait également penser aux équilibres et déséquilibres. Pour ne pas figer les choses. Si les fontaines ont l’air un peu bringuebalantes, c’est quelque chose de voulu. J’ai essayé de rendre vivant. Mais d’un point de vue technique, c’est très compliqué à cause des contraintes liées à la technique de fontainerie.

La place Buscaillet manquant un peu de gaité, j’ai voulu apporter de la couleur, avec l’idée de ces 3 couleurs primaires un peu enfantines. J’ai voulu faire chanter les couleurs les unes par rapport aux autres. J’ai simplifié la lecture en choisissant une couleur par élément. Le rose et le jaune sont craquelés, c’est un effet que j’ai recherché, pour rappeler le carrelage cassé à la main et re-assemblé du bassin. J’ai voulu reproduire cette idée avec les émaux.
Je cherche avec mes sculptures, à donner une note d’humour, à faire sourire. Je ne cherche pas forcément de beaux émaux. Comme sculpteur, on est toujours confronté à une lutte entre la couleur et la forme et malheureusement la couleur l’emporte souvent. La couleur a une action plus forte sur l’être humain. J’essaie de ne pas donner trop d’importance à la couleur, mais en même temps sans couleur, c’est assez triste, cela ne correspond pas à ce que je recherche, alors je mets de la couleur mais j’essaie de limiter son rôle.

Comment travaillez-vous ?

Je travaille d’après maquette. Pour les fontaines, j’en ai fait à peu près 200. C’est à ce stade là que je travaille vraiment mon idée. En terre, je ne peux pas mettre les éléments les uns sur les autres, car ils s’écroulent. C’est impossible de travailler d’une manière créative avec la terre crue humide, donc je travaille en petit et après je reproduis les éléments comme si j’étais mon propre artisan, le plus fidèlement possible et je m’accorde assez peu de liberté parce que je sais que, en grand, je ne vois pas ce que je fais. En travaillant sur des maquettes à plus petite échelle, je pense être plus proche de la réalité du résultat final souhaité.
Le modelage est un lien direct entre la main et le cerveau, comme le dessin. Il n’y a pas d’outils, pas de pinceau. Il en ressort quelque chose qui me surprend souvent moi-même, de l’ordre de l’inconscient. Je fais beaucoup de maquettes. J’en fait énormément, comme si c’était des brouillons. A ce stade, j’essaye de ne pas me juger. Je ne cherche pas à savoir si une maquette me plait plus qu’une autre. Je laisse passer un peu de temps, et avec un œil neuf, je sélectionne celle qui me semble la plus proche de mon idée, la plus monumentale aussi.
Je reproduis ensuite la petite maquette. J’en fais une de taille moyenne. Entre la première petite maquette et la moyenne, je me permets de changer ce dont je ne suis pas satisfaite, dans la mesure où c’est techniquement possible aussi.

Votre sentiment lorsque les fontaines ont été installées ?

Lorsque les fontaines ont été installés, j’ai vu la joie des enfants. Ils étaient étonnés. Ils connaissaient la place sans fontaine, et étaient heureux de découvrir ces trois fontaines colorées. Je crois que c’était un peu merveilleux pour eux de découvrir ces fontaines. Je trouve ça extrêmement touchant de voir que ce que j’ai fait puisse donner plus de vie à une place, que plus de gens aillent déjeuner, se poser sur cette place. Ce petit coin a pris un peu de gaité, c’est très touchant. C’est quelque chose qu’on a rarement l’occasion de faire.

 

 

A l’occasion de l’inauguration des fontaines de Bacalan, réalisées par Clémence van Lunen pour la place Buscaillet dans le cadre de la commande artistique Garonne de Bordeaux Métropole, le madd-bordeaux présente, jusqu’au 04 novembre, l’élaboration du projet des fontaines de Bacalan et expose une sélection de sculptures de l’artiste.
L’exposition débute au rez-de-chaussée du musée, et prend place au second étage de l’hôtel de Lalande, dans les salles dédiées à l’activité faïencière de Bordeaux autour des manufactures successives de David Johnston et de Jules Vieillard & Cie, qui étaient également installées au19e siècle dans le quartier de Bacalan. Les centaines de décors que permettent les techniques employées par les faïenciers bordelais dialoguent de façon étonnante avec les pièces monumentales de l’artiste aux vives glaçures.
Exposition réalisée en partenariat avec Bordeaux Métropole dans le cadre de la commande artistique Garonne, commande publique soutenue par le ministère de la Culture.

Aux sources des fontaines de Bacalan – Clémence van Lunen
Jusqu’au dimanche 4 novembre 2018
Musée des Arts décoratifs et du Design de Bordeaux
Ouvert tous les jours de 11h à 18h.
Fermé les mardis et jours fériés.

 

Les fontaines de Bacalan
place Adolphe Buscaillet
33000 Bordeaux
arrêt New-York, tram B